Les artistes qui s’engagent pour le LOTO d’arts : François Brosse

François Brosse est illustrateur, fondateur et Directeur Artistique du Studio Différemment

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Mur à peches

Détail des murs à pêches

Cette chronique appartient à une série, sur le patrimoine de la ville de Montreuil, parue dans Montreuil-Dépêche Hebdo de 1998 à 2000

L’art et la science de la culture des pêches par Gilbert Schoon

C’est dès la fin du XVe siècle que la culture des pêchers en espalier apparaît à Montreuil.
Partant de la Croix de Bois, elle gagne successivement les Prés (groupe scolaire Danton) puis la Glaisière (rue Alexandre Lefèvre), s’étendant vers l’est, jusqu’à conquérir à la fin du XIXe siècle, l’ensemble du plateau (rues Saint Antoine, de Rosny, Édouard Branly, Pierre de Montreuil, Hoche, Malassis).
En 1750, soixante-quinze pour cent de la population s’occupent du « gouvernement des pêchers ».
Après la révolution, l’abolition des privilèges féodaux et la vente des propriétés seigneuriales et religieuses en biens nationaux permettent un accroissement important de la culture des pêchers.
De nombreux échanges de terres furent faits, entre cultivateurs possédant des terres aux endroits favorables aux pêchers, entre d’autres situées dans la « plaine ».
Il était d’usage de donner un double terrain en échange de celui qui pouvait être bâti en jardin.
Le clos, unité de base est constitué d’un carré de deux cents mètres de côté.

Sur ce terrain, sont édifiés des murs orientés nord/sud.
Cette orientation permet à chacune des faces d’être exposée au soleil du matin et de l’après-midi.
Les murs orientés à l’est, sont appelés levant », ceux de l’ouest « couchant ».
Assis sur des fondations de soixante centimètres de largeur, ils sont levés à une hauteur moyenne de deux mètres soixante-dix (à ce niveau l’épaisseur n’est plus que de trente centimètres).
Ces murs sont construits par travées alternées d’un mètre de longueur, tout en pierre et plâtre et de plus de deux mètres de longueur.
Ceux-ci sont en terre battue, boue et pierres maintenues par une chaîne de plâtre, étalée horizontalement tous les quatre-vingts centimètres de hauteur, c’est-à-dire trois chaînes superposées dans la hauteur du mur.
Ils sont ensuite couverts d’un chaperon en plâtre formant faîtière avec une saillie de quinze à vingt centimètres de largeur, abritant le mur et les arbres.
Il est cuit sur le terrain avec du bois puis battu pour être pulvérisé et gâché aussitôt.
On découvre encore aujourd’hui de minuscules morceaux de charbon de bois, incrustés dans l’enduit.
Un mètre de mur consomme l’équivalent de quarante sacs de plâtre de l’époque, soit une tonne.
Les murs sont recouverts d’un enduit de plâtre de quelques centimètres d’épaisseur.
Ce « crépi » est lissé à la taloche ou à la truelle.
Les pêchers sont plantés le long de ces murs.
Greffés sur amandier, prunier ou parfois sur franc (noyau germé), ces arbres ont avec le premier porte-greffe, une longévité extraordinaire pour cette essence fruitière.
De nombreux jardins possèdent des troncs plus que centenaires.
Ils vont produire des fruits (de quinze centimètres de circonférence) qui portent le nom de leur créateur: Professeur Vilaire, Louis Grognet, Madame Aubin, Bonouvrier ou plus poétiquement des noms qui font rêver: Téton de Vénus, Grosse Mignonne …
Couvrant la surface du mur, les arbres sont taillés aux mois de février et mars.
C’est au mois d’avril que le palissage a lieu.
Il s’agit de fixer les jeunes branches du pêcher sur le mur à l’aide d’un morceau d’étoffe de laine que l’on cloue ensuite.
Le clou se place sur les deux extrémités du morceau d’étoffe de manière à ce que la branche ne soit pas trop serrée.
Il est enfoncé assez légèrement de manière à ce qu’on puisse l’arracher à la main ou après un faible ébranlement avec le marteau.
Une quinzaine de jours avant la maturation, le premier effeuillage est pratiqué.
Les effeuilleuses découvrent le fruit petit à petit en commençant par enlever les feuilles l’abritant latéralement soit avec une petite serpette, soit le plus souvent avec l’ongle du pouce.
Elles prennent soin de conserver les deux feuilles supérieures qui continuent à l’ombrager jusqu’au second effeuillage, qui a lieu cinq ou six jours plus tard.
Entre temps pour éloigner pucerons, kermès et autres parasites, les horticulteurs badigeonnent les tiges de nicotine et pulvérisent du lysol.
La cueillette a lieu après dix heures du matin et quand le mur est à l’ombre.
C’est vers la mi-août que la pêche arrive sur le marché parisien avec les variétés suivantes:
– Précoce de Hale variété américaine, – Professeur Vilaire, fruit bien coloré qui mûrit au début d’août. – Louis Grognet, genre Alexis Lepère, hâtive – Grosse Mignonne hâtive, Grosse Mignonne ordinaire. Ces variétés de Mignonne ont fait la réputation et la fortune de Montreuil; elles formaient autrefois le fonds des cultures, mais ont disparu par dégénérescence de variété. Remplacées par quelques variétés lyonnaises, notamment: la série de Gaillard-Girard, les pêches Aribaut, Bénoni, etc. Elles étaient suivies par les vieilles variétés locales toujours très appréciées par leur beauté et leur qualité: Galande noire de Montreuil, Alexis Lepère, Belle Beausse, Belle Henri Pinaud, Blondeau.
La Belle Impériale était une des plus grosses et des plus fertiles, aussi occupait-elle sur les espaliers la surface la plus considérable. Cette variété était récoltée pendant la deuxième quinzaine de septembre. Elle était tellement abondante que les cours fléchissaient presque toujours à l’époque de sa maturité aussi les arboriculteurs avisés avaient recours au frigorifique pour en échelonner l’écoulement pendant deux ou trois semaines après son époque normale de maturité. Cette opération régulait le marché et permettait au producteur d’éviter l’avilissement des cours. Les pêches destinées au frigorifique étaient cueillies sur le vert, encore un peu fermes. Cette faculté de conservation par le froid a fait abandonner peu à peu les variétés très tardives comme Baltet, Opoix et surtout Salway qui terminaient toujours la saison des pêches de Montreuil.

François Brosse

L’illustration des murs à pêche signée par son auteur est donnée au LOTO d’arts

– Description de l’illustration : Vous pouvez voir

– Le chaînage des matériaux composites du mur est effectué à la « casserole ».
– Puits rejoignant des galeries en étoile d’où est extrait le gypse qui, cuit sur place dans un four rustique fait de terre glaise, puis battu et broyé devient plâtre.
– Les murs restent sans enduit pendant deux ans. Au fur et à mesure de la croissance du pêcher le crépissage commence par le bas, gagne le sommet du mur en même temps que l’arbre.
– Remise en place d’un mur « ventru » à l’aide d’étais et de pinces, mais surtout de six hommes forts.
– Mise en forme de l’arbre par une taille, dite en palmette simple formée en trois séries dites en arrête de poisson. Pêcher de dix ans, taillé en palmette Verrier ou palmette candélabre.
– Traitement des pêchers au lysol et mise en place des protections par paillassons sur échalas. Effeuillage à l’ongle.
– Récolte des pêches qui, après avoir été débarrassées de leur duvet sont enveloppées d’une feuille de vigne et posées dans un panier plat en osier appelé noguet.
– Costière en dehors. Le mur ne désigne pas la limite de la propriété. C’est la palissade en châtaignier qui marque cette limite. !
– Entre les murs à pêches, les horticulteurs cultivent des fleurs à couper (narcisses, tulipes, dahlias, oeillets…) en plein vent ou sous châssis, ou bien des plantes en pots (chrysanthèmes). Quelques melons s’épanouissent sous les cloches. Des pommiers (Calville, Canada, Grand Alexandre) des poiriers (Passe Crassane, Doyenné du comice, Louise Bonne…) se partagent la chaleur des murs exposés ouest ou sud-ouest.

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